Cher Sidiki, Vous soulevez beaucoup de questions très intéressantes dans votre message. Je vous donne mon point de vue sur trois d'entre elles. 1. extrapolations des résultats. Sujet crucial quand il s'agit de transférer les résultats d'une station de recherche à des producteurs et "pire" encore quand il s'agit de faire un compte d'exploitation prévisionnel d'une exploitation commerciale à partir de résultats obtenus dans quelques (petits) étangs expérimentaux. La liste des projets ayant confondu les niveaux 1)expérimental, 2)pilote, 3)commercial est longue et ces confusions ont toutes conduit à la "faillite" et ont fait beaucoup de mal à la pisciculture africaine. Quelques exemples: Ferme piscicole industrielle de Brazzaville, Ferme piscicole de Banfora, Projet BP d'élevage de tilapias en lagune en Côte d'Ivoire, Ferme de mâchoirons de Jacqueville (Côte d'Ivoire) sans parler des nombreux projet de développement de la pisciculture artisanale rurale, périurbaine etc..... et cela continue allègrement. Au risque d'être un peu caricatural, je dirais que la meilleure solution pour éviter ces impasses consiste à progresser sur le chemin de la mise au point des innovations piscicoles (pas seulement bio-techniques mais aussi organisationnelles etc) avec les utilisateurs finaux c'est à dire les pisciculteurs. Cela porte des noms divers tels que "recherche participative", "recherche-action en partenariat", etc mais leur esprit est le même. 2. Lutte contre la surpopulation en étang. La présence de nombreux poissons dans les canaux d'alimentation des piscicultures africaines (avec notamment T. zillii) implique que le monosexage (quelle qu'en soit la méthode) des Oreochromis d'élevage ne suffit pas. Pour l'avoir expérimenté à grande échelle, l'utilisation d'Hemichromis fasciatus et d'une grille de protection (à débarrasser très régulièrement des feuilles et autres débris sinon l'efficacité est nulle) marche bien car seuls des alevins peuvent entrer qui sont consommés par les Hemichromis. Sinon des pêches intermédiaires à la senne permettent d'éliminer les poissons indésirables. 3. Quantité versus Qualité. Avec le tilapia comme principal poisson d'élevage et compte tenu de ses caractéristiques en matière de reproduction, je ne pense pas qu'on puisse espérer des rendements élevés si l'on ne met pas en oeuvre les techniques appropriées. Partir d'un alevinage en étang d'un grand nombre d'alevins (non sexés) sans prédateur en comptant sur le double phénomène croissance + reproduction pour obtenir un rendement élevé est illusoire (notamment du fait d'un important taux de cannibalisme des juvéniles d'Oreochromis sur les alevins). Pour maximiser le rendement on peut par contre jouer sur la densité de mise en charge et la durée des cycles mais il exige une bonne maîtrise technique et une bonne programmation de la production. J'attends vos réactions! Bien amicalement, Jérôme Lazard sidiki keita a écrit :
Points de vue sur le sexage et le cadre de réflexion proposé par Lazard
Je suis d'avis de la pertinence de l'approche sexes et espèces mélangés pour une pisciculture extensive rurale qui a pour vocation la production pour une augmentation de la consommation par habitant et par an.
Il me semble, avec tout ce que j'ai vécu et compris avec les experts sur le terrain, que pisciculture est plus réalisée pour des objectifs de démonstration de faisabilité d'un modèle d'aménagement ou de technique d'élevage (mono ou polyculture; fertilisation ou alimentation par des granulés). La production ou le rendement calculé reste souvent lié à des extrapolations pour justifier la faisabilité.
Alors qu'est ce qu'on fait de la production par rapport à la consommation? pour une population qui mange tout ce quelle trouve comme protéine ou qui n'accède pas aux sources de protéines à cause de leur revenu et la rareté.
Le sexage de l'Oreochromis n, la polyculture avec utilisation de l'Hémichrimis fasciatus et l'Hétérotis niloticus n'ont jamais empêché la présence des tilapia zillis dans les étangs et barrages; souvent à une taille égale ou supérieure à celle de l' O niloticus. Même si un suivi rigoureux est appliqué pour l'entrée d'eau (grillage) ou après utilisation préalable de la chaux vive.
C'est pourquoi les pisciculteurs de la guinée dans un premier temps ont préféré l'option de la biomasse en polyculture; même si le sexage (manuel 15 à 20g) est appliqué, celui ci reste inefficace.La densité est fonction de la disponibilité en alevins mâles sexés;celle ci n'ayant pas d'effet à cause de l'entrée continue et l'existence des larves de poissons "indésirables" comme les appelle les techniciens.
Cette réalité m'amène à approuver la proposition d'approche faite par J Lazard, je cite:
Pour permettre le développement de l'aquaculture, il faut à mon avis se focaliser sur les aquaculteurs pour leur donner les outils et connaissances dont ils ont besoin pour adapter leur activité à la complexité du milieu dans lequel ils s'intègrent. Que ce soit au Brésil, en Côte d'Ivoire, en Guinée ou aux Philippines, les gens cherchent d'ailleurs toujours à adapter le discours technique à leur propre situation, souvent au grand dam des encadreurs si les initiatives s'écartent du message officiel. Il faut donc permettre l'accès à la connaissance et encourager cette réflexion critique car il n'y a pas qu'une seule façon de produire du poisson. Une méthode pertinente dans un contexte ne l'est pas forcément dans un autre environnement. Prétendre le contraire, c'est faire de l'aquaculture, une religion et j'adhère une fois de plus à 10000% au dernier message de C. Ducarme sur les tilapias: il faut remettre en cause les dogmes.
C'est cette capacité des aquaculteurs africains à devenir les acteurs de leur propre développement qui sera à mon avis le moteur qui permettra de "développer" l'aquaculture africaine, pourvu qu'il soit alimenté par un carburant qui ne le fasse pas caler.
--- En date de : Dim 2.11.08, Lionel Dabbadie <sarnissa@gmail.com> a écrit :
De: Lionel Dabbadie <sarnissa@gmail.com> Objet: [Sarnissa-french-aquaculture] Sexage du tilapia À: sarnissa-french-aquaculture@lists.stir.ac.uk Date: Dimanche 2 Novembre 2008, 18h26 Le 2 nov. 08 à 15:23, sidiki keita a écrit :
Face a cette situation liée a une réalité dans les
zones
forestières du pays qui est l'absence de
préférence sur l'espèce et
la taille, les pisciculteurs ont adapte leur
production à la
circonstance en abandonnant les propositions
techniques des experts
et encadreurs de projets.
Aujourd'hui avec les tous venants (espèces
d'élevage et celles
introduites par le courant d eau: tilapia zilli) de
150 a 250
grammes en 7 mois, les pisciculteurs sont satisfaits
et la
consommation par habitant et par an s'améliore dans les zones rurales
d'intervention des projets
par rapport aux zones urbaines de consommation.
Sur le marche rural: la ménagère d'une famille
moyenne modeste de 6
personnes veut acheter 1,5 kilo de poissons pour la
ration
journalière partagée pour le déjeuné et le dîner.
Elle trouve 3
vendeuses; une avec des poissons de 1 kg, l'autre
avec des 500g et
la dernière avec des poissons 250g.Pour une question
de partage
dans les bols de sauce , la ménagère préférerai
toujours acheter
les 250g qui correspondent à 6 poissons.
Cher Sidiki,
Je trouve ces commentaires très intéressants, et ça m'amène à une réflexion suite à une discussion sur la liste tilapia il y a quelques mois. Certains prétendaient alors que le sexage était un dogme à remettre à cause car la production de tilapia non sexé était plus adaptée à un certain nombre de contextes africains (de mémoire, je dirais que c'étaient des gens du Ghana ou du Nigeria qui défendaient cette thèse). C'est une idée qui est peut-être pertinente en Guinée, non ? Qu'en penses-tu et qu'en pensent les autres personnes ? _______________________________________________ Sarnissa-french-aquaculture mailing list Sarnissa-french-aquaculture@lists.stir.ac.uk http://lists.stir.ac.uk/cgi-bin/mailman/listinfo/sarnissa-french-aquaculture
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-- Dr. Jérôme Lazard Unité de Recherche "Aquaculture et gestion des ressources aquatiques" Département Persyst Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) TA B-20/01 Avenue Agropolis 34398 Montpellier cedex 5, France e.mail : jerome.lazard@cirad.fr tel : 33 (0)4 67 04 63 65 fax : 33 (0)4 67 16 64 40
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