L'aquaculture, une solution mais pas un miracle face à la surpêche <http://www.romandie.com/infos/news2/081024092817.kta81uwu.asp> MARSEILLE - Face à la croissance de la population mondiale et à l'appauvrissement des océans, l'aquaculture est une solution pour répondre aux besoins en poisson mais pas un miracle, ont estimé des experts réunis à Marseille. "L'aquaculture, c'est comme l'agriculture: on peut produire de manière intensive, en utilisant beaucoup de produits chimiques, en concentrant le plus de vaches ou de poissons dans un espace restreint ou au contraire faire le choix d'une production moins intensive et plus respectueuse de l'environnement", remarque Carl Lundin, directeur du département Mer de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), organisation rassemblant 10.000 scientifiques bénévoles. "Les humains ont besoin des protéines des poissons. Si la population continue de croître, l'aquaculture peut répondre à une partie de ces besoins", a-t-il ajouté, lors du forum international sur les océans Biomarine qui se tient jusqu'à vendredi à Marseille. Car la mer "donne déjà plus que ce qu'elle peut donner et on ne peut pas attendre raisonnablement qu'elle donne davantage", ont souligné des scientifiques réunis pour une table ronde sur l'aquaculture. Selon la FAO, organisation de l'Onu pour l'alimentation et l'agriculture, plus de 75% des stocks mondiaux de poissons sont déjà "pleinement exploités ou surexploités" et les captures par les pêcheurs, environ 85 millions de tonnes par an, ne pourront pas augmenter...sauf à détruire les écosystèmes. Or, les besoins mondiaux en poissons et crustacés tournent aujourd'hui autour de 110 millions de tonnes. L'élevage de carpes, daurades ou saumons répond déjà en partie aux demandes des consommateurs. "L'Union européenne est le premier importateur de produits aquacoles", rappelle Philippe Gros, chercheur à l'Institut français pour la recherche et l'exploitation de la mer (Ifremer). Côté production: l'Asie devance de loin les autres continents et la Chine se taille la part du lion avec 69,5% du volume aquacole mondial, selon la FAO. "Aux Philippines, l'aquaculture du mérou a permis de limiter la pêche à l'explosif très destructrice pour le milieu marin", ajoute M. Gros. Mais, majoritairement pratiquée dans des pays en voie de développement, avec des règles environnementales floues, l'aquaculture a aussi conduit à des désastres écologiques. "Dans certaines zones, l'utilisation des antibiotiques a ravagé des bassins marins entiers", relate M. Gros. Au Chili, les écologistes accusent les éleveurs de saumons d'aquaculture d'abuser de produits chimiques et de polluer les eaux avec de trop fortes concentrations de poissons. Récemment, un virus a décimé des milliers de saumons d'élevage. "Il faut des règles strictes sur les zones où implanter des élevages aquacoles, sur la densité de poissons et sur l'emploi de substances chimiques", prône M. Lundin. D'autant que la pisciculture de poissons carnivores (saumon, daurades...) utilise des poissons comme fourrage créant une pression sur d'autres espèces. Il faut neuf kilos de sardines, maquereaux et crevettes pour faire grossir d'un kilo un thon rouge. Les carpes, elles, sont végétariennes, ce qui cause moins de problèmes. Mais le développement de l'aquaculture ne remplacera pas la pêche et ne constitue pas une solution miracle exonérant les consommateurs de toute réflexion. "Certains poissons menacés ne peuvent pas continuer à être consommés. Nous devons simplement arrêter d'en manger", estime M. Lundin. (©AFP / 24 octobre 2008 11h28)