Cher Sidiki, Ce que j'en pense? c'est que je suis d'accord avec vous! mais le problème est que pour le moment ce trio est incontournable. Je détaille un peu. Je suis personnellement un chaud partisan du dicton "small is beautiful" lorsqu'il s'agit d'expérimenter ou de travailler à l'échelle pilote et j'ai eu la chance de pouvoir travailler en Afrique à cette échelle mais je crains que cela ne soit plus possible. Parce que les bailleurs de fonds (incontournables ...) veulent aller vite (en l'occurrence à force de vouloir aller vite, ils reculent) et poussent les "experts" (nationaux, internationaux etc.) à leur soumettre des projets de très grande dimension même si les techniques ne sont pas vérifiées en vraie grandeur et fiables et l'environnement (abiotique, biotique, anthropique) pas prêt à accueillir de telles innovations. Avec de tels grands projets, les bailleurs de fonds entendent également mieux amortir leurs propres charges fixes (par des économies d'échelle). Dans le genre, je citerai le projet BAD-Ouest Côte d'Ivoire avec un volet piscicole (élevage de silures) totalement démesuré. Les experts!!! c'est comme tout, il y en a de bons, d'excellents, d'honnêtes, de mal honnêtes, de compétents, d'incompétents et de toutes façons les agences internationales les "utilisent" couramment. En général leur CV est soumis aux autorités nationales qui doivent être vigilantes et prendre le temps nécessaire pour leur sélection en prenant soin d'analyser leur parcours. Je ne peux pas parler de l'implantation d'étangs en Guinée car je ne connais pas votre pays. Amicalement, Jérôme Lazard sidiki keita a écrit :
C'est effectif ce que vous dites au point 1. A cela il faut ajouter la participation ou l'implication des bailleurs de fonds. Souvent entretenu malheureusement par des experts nationaux et internationaux de certains bureaux d'Etudes et ong. Comme exemple ces projets que vous avez cité élaborés,financés et mis en oeuvre par le trio énemi du développement durable. Des projets BAD de pêche aquaculture continuent de bénéficier de ce système dans la plus part des pays du Sud.
Qu'est ce que vous en dites?
Pour les points 2 et 3; l'utilisation des Hémi et grillages sont intéressants pour "lutter! "contre la surpopulation; aussi des pêches intermédiaires. Mais dans une pisciculture rurale extensive en étang barrage sutout ouvert, comme c'est dévéloppé en Guinée, les Hémi et grille de protection restent sans effet. Mieux le paysan avec son étang barrage plein d'eau de 1.80 m au moine trouve inutile les pêches intermédiaires.
Pour ma part le calcul de rendement d"un tel étang barrage n'est pas juste à cause de la non maîtrise de la densité réelle en rapport avec la surface et la durée.Même si le poids initial à l'empoissonement reste harmoniser.
C'est pour cette raison, je dis bien, que les pisciculteurs se sont orientés vers la boimasse production composée d'espèces et de tailles différentes.Ceci n'exclu pas la technique d"empoissonement de qualité et la programmation de bonne production qui est aussi connue par les paysans.
Une précision, les étangs de dérivation sont peu développés et réalisés en Guinée par les pisciculteurs. Ceci à cause de la pente faible des bas fonds, du positionement du sol dur à plus 50cm de la surface des bas fonds du relief abrupt des coteaux....( Ex: sites prospecté par L Dabbadie à Macenta et Guéckédou; sites des projets APDRAF, FAO et IRD en Guinée)
Vos réactions sont les bien venues
Amicalement
Sidiki keita
--- En date de : Mer 5.11.08, Jérome Lazard <lazard@cirad.fr> a écrit :
De: Jérome Lazard <lazard@cirad.fr> Objet: Re: [Sarnissa-french-aquaculture] Re : Sexage du tilapia À: sidikikeita@yahoo.fr, sarnissa-french-aquaculture@lists.stir.ac.uk Date: Mercredi 5 Novembre 2008, 13h38 Cher Sidiki,
Vous soulevez beaucoup de questions très intéressantes dans votre message. Je vous donne mon point de vue sur trois d'entre elles.
1. extrapolations des résultats. Sujet crucial quand il s'agit de transférer les résultats d'une station de recherche à des producteurs et "pire" encore quand il s'agit de faire un compte d'exploitation prévisionnel d'une exploitation commerciale à partir de résultats obtenus dans quelques (petits) étangs expérimentaux. La liste des projets ayant confondu les niveaux 1)expérimental, 2)pilote, 3)commercial est longue et ces confusions ont toutes conduit à la "faillite" et ont fait beaucoup de mal à la pisciculture africaine. Quelques exemples: Ferme piscicole industrielle de Brazzaville, Ferme piscicole de Banfora, Projet BP d'élevage de tilapias en lagune en Côte d'Ivoire, Ferme de mâchoirons de Jacqueville (Côte d'Ivoire) sans parler des nombreux projet de développement de la pisciculture artisanale rurale, périurbaine etc..... et cela continue allègrement. Au risque d'être un peu caricatural, je dirais que la meilleure solution pour éviter ces impasses consiste à progresser sur le chemin de la mise au point des innovations piscicoles (pas seulement bio-techniques mais aussi organisationnelles etc) avec les utilisateurs finaux c'est à dire les pisciculteurs. Cela porte des noms divers tels que "recherche participative", "recherche-action en partenariat", etc mais leur esprit est le même.
2. Lutte contre la surpopulation en étang. La présence de nombreux poissons dans les canaux d'alimentation des piscicultures africaines (avec notamment T. zillii) implique que le monosexage (quelle qu'en soit la méthode) des Oreochromis d'élevage ne suffit pas. Pour l'avoir expérimenté à grande échelle, l'utilisation d'Hemichromis fasciatus et d'une grille de protection (à débarrasser très régulièrement des feuilles et autres débris sinon l'efficacité est nulle) marche bien car seuls des alevins peuvent entrer qui sont consommés par les Hemichromis. Sinon des pêches intermédiaires à la senne permettent d'éliminer les poissons indésirables.
3. Quantité versus Qualité. Avec le tilapia comme principal poisson d'élevage et compte tenu de ses caractéristiques en matière de reproduction, je ne pense pas qu'on puisse espérer des rendements élevés si l'on ne met pas en oeuvre les techniques appropriées. Partir d'un alevinage en étang d'un grand nombre d'alevins (non sexés) sans prédateur en comptant sur le double phénomène croissance + reproduction pour obtenir un rendement élevé est illusoire (notamment du fait d'un important taux de cannibalisme des juvéniles d'Oreochromis sur les alevins). Pour maximiser le rendement on peut par contre jouer sur la densité de mise en charge et la durée des cycles mais il exige une bonne maîtrise technique et une bonne programmation de la production.
J'attends vos réactions!
Bien amicalement, Jérôme Lazard
sidiki keita a écrit :
Points de vue sur le sexage et le cadre de réflexion
proposé par Lazard
Je suis d'avis de la pertinence de l'approche
sexes et espèces mélangés pour une pisciculture extensive rurale qui a pour vocation la production pour une augmentation de la consommation par habitant et par an.
Il me semble, avec tout ce que j'ai vécu et
compris avec les experts sur le terrain, que pisciculture est plus réalisée pour des objectifs de démonstration de faisabilité d'un modèle d'aménagement ou de technique d'élevage (mono ou polyculture; fertilisation ou alimentation par des granulés). La production ou le rendement calculé reste souvent lié à des extrapolations pour justifier la faisabilité.
Alors qu'est ce qu'on fait de la production
par rapport à la consommation? pour une population qui mange tout ce quelle trouve comme protéine ou qui n'accède pas aux sources de protéines à cause de leur revenu et la rareté.
Le sexage de l'Oreochromis n, la polyculture avec
utilisation de l'Hémichrimis fasciatus et l'Hétérotis niloticus n'ont jamais empêché la présence des tilapia zillis dans les étangs et barrages; souvent à une taille égale ou supérieure à celle de l' O niloticus. Même si un suivi rigoureux est appliqué pour l'entrée d'eau (grillage) ou après utilisation préalable de la chaux vive.
C'est pourquoi les pisciculteurs de la guinée
dans un premier temps ont préféré l'option de la biomasse en polyculture; même si le sexage (manuel 15 à 20g) est appliqué, celui ci reste inefficace.La densité est fonction de la disponibilité en alevins mâles sexés;celle ci n'ayant pas d'effet à cause de l'entrée continue et l'existence des larves de poissons "indésirables" comme les appelle les techniciens.
Cette réalité m'amène à approuver la
proposition d'approche faite par J Lazard, je cite:
Pour permettre le développement de l'aquaculture,
il faut à mon avis se focaliser sur les aquaculteurs pour leur donner les outils et connaissances dont ils ont besoin pour adapter leur activité à la complexité du milieu dans lequel ils s'intègrent. Que ce soit au Brésil, en Côte d'Ivoire, en Guinée ou aux Philippines, les gens cherchent d'ailleurs toujours à adapter le discours technique à leur propre situation, souvent au grand dam des encadreurs si les initiatives s'écartent du message officiel. Il faut donc permettre l'accès à la connaissance et encourager cette réflexion critique car il n'y a pas qu'une seule façon de produire du poisson. Une méthode pertinente dans un contexte ne l'est pas forcément dans un autre environnement. Prétendre le contraire, c'est faire de l'aquaculture, une religion et j'adhère une fois de plus à 10000% au dernier message de C. Ducarme sur les tilapias: il faut remettre en cause les dogmes.
C'est cette capacité des aquaculteurs africains
à devenir les acteurs de leur propre développement qui sera à mon avis le moteur qui permettra de "développer" l'aquaculture africaine, pourvu qu'il soit alimenté par un carburant qui ne le fasse pas caler.
--- En date de : Dim 2.11.08, Lionel Dabbadie
<sarnissa@gmail.com> a écrit :
De: Lionel Dabbadie <sarnissa@gmail.com> Objet: [Sarnissa-french-aquaculture] Sexage du
tilapia
À: sarnissa-french-aquaculture@lists.stir.ac.uk Date: Dimanche 2 Novembre 2008, 18h26 Le 2 nov. 08 à 15:23, sidiki keita a écrit :
Face a cette situation liée a une réalité
dans les
zones
forestières du pays qui est l'absence de
préférence sur l'espèce et
la taille, les pisciculteurs ont adapte leur
production à la
circonstance en abandonnant les propositions
techniques des experts
et encadreurs de projets.
Aujourd'hui avec les tous venants
(espèces
d'élevage et celles
introduites par le courant d eau: tilapia
zilli) de
150 a 250
grammes en 7 mois, les pisciculteurs sont
satisfaits
et la
consommation par habitant et par an s'améliore dans les zones rurales
d'intervention des projets
par rapport aux zones urbaines de
consommation.
Sur le marche rural: la ménagère d'une
famille
moyenne modeste de 6
personnes veut acheter 1,5 kilo de poissons
pour la
ration
journalière partagée pour le déjeuné et le
dîner.
Elle trouve 3
vendeuses; une avec des poissons de 1 kg,
l'autre
avec des 500g et
la dernière avec des poissons 250g.Pour une
question
de partage
dans les bols de sauce , la ménagère
préférerai
toujours acheter
les 250g qui correspondent à 6 poissons.
Cher Sidiki,
Je trouve ces commentaires très intéressants, et
ça
m'amène à une réflexion suite à une
discussion sur la liste tilapia il
y a quelques mois. Certains prétendaient alors
que le sexage était un
dogme à remettre à cause car la production de
tilapia non sexé
était plus adaptée à un certain nombre de
contextes africains (de
mémoire, je dirais que c'étaient des gens
du Ghana ou du Nigeria
qui défendaient cette thèse). C'est une
idée qui est peut-être
pertinente en Guinée, non ? Qu'en penses-tu
et qu'en pensent les autres
personnes ? _______________________________________________ Sarnissa-french-aquaculture mailing list Sarnissa-french-aquaculture@lists.stir.ac.uk
http://lists.stir.ac.uk/cgi-bin/mailman/listinfo/sarnissa-french-aquaculture
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-- Dr. Jérôme Lazard Unité de Recherche "Aquaculture et gestion des ressources aquatiques" Département Persyst Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) TA B-20/01 Avenue Agropolis 34398 Montpellier cedex 5, France e.mail : jerome.lazard@cirad.fr tel : 33 (0)4 67 04 63 65 fax : 33 (0)4 67 16 64 40
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